Le chant byzantin en français, est-ce possible?

Le présent travail n’est pas une simple traduction en langue française des textes liturgiques de l’Eglise, qui viendrait s’ajouter aux traductions déjà existantes. Il s’agit en plus et surtout d’une adaptation aux mélodies ecclésiales, appelées généralement ‘byzantines’, ce qui constitue sa principale originalité. Comme l’icône, le chant liturgique, étant le fruit d’une longue tradition dans l’Eglise, obéit aussi librement à des règles qui le caractérisent. Fruit de l’ascèse, il dépasse le chant de ce monde, il est tout autre, philocalique, exprimant une autre beauté. La parole que le chant exprime est poétique. La traduction se veut aussi être une traduction poétique. Cela apparaît ici, entre autres, par les formes particulières des hymnes traduites.

Les chants se rangent dans huit catégories musicales caractéristiques qu’on appelle ‘Tons’ et qui parfois s’interpénètrent, mais les mélodies types de chaque ton se comptent par dizaines. Au sein de chaque Ton, on pourrait classer les hymnes ou tropaires en deux genres : les « idiomèles » et les « prossomia ». Ils sont chantés rapidement ou lentement, de façon simple ou très ornée. Les idiomèles, tout en obéissant aux caractéristiques du ton dont ils appartiennent, ont leur propre mélodie, ou plutôt celle donnée par le chantre qui a ici une grande liberté d’interprétation, et ne sont pas des modèles pour d’autres tropaires. Les prossomia (=semblables), au contraire, suivent rigoureusement la mélodie d’un tropaire précis appelé « automèle ». Stichères et apostiches, apolytikia, cathismes, exapostilaires, canons..., possèdent généralement des prossomia qui leur sont propres.

Cela signifie que l’on entendra rarement les mêmes mélodies dans les différents groupes de tropaires. Les tropaires de chaque livre liturgique se comptent par milliers. Si tous étaient des idiomèles, il aurait fallu mémoriser des dizaines de milliers de mélodies différentes ou avoir une partition de chaque hymne, surtout pour le chant en choeur. L’avantage pratique offert par les prossomia est évident. Grouper les tropaires suivant des mélodies bien précises exige de mémoriser seulement ces mélodies (quelques centaines) pour chanter les hymnes indiqués de cette façon. Ainsi, cela ne nécessite pas forcément une connaissance théorique de la musique ni des partitions. Les fidèles peuvent, par exemple, chanter tous ensemble les dizaines de tropaires de chacune des trois stances du Grand Samedi en mémorisant seulement trois petites mélodies. Cela est possible si le texte est adapté pratiquement à la syllabe près à l’original, en respectant, dans la mesure du possible, les accents toniques.

C’est ce que nous essayons de faire dans tous livres liturgiques. Désireux de conserver intactes les mélodies traditionnelles, nous voulons aussi être le plus précis possible quant au sens du texte. Nous ne nous permettons que l’ajout ou le retrait, occasionnels, de mots qui n’altèrent pas le sens. Parfois c’est la mélodie qui est légèrement modifiée, comme c’est le cas parfois aussi dans l’original grec. Aussi, nous nous efforçons de garder un équilibre harmonieux entre la traduction et la mélodie. La parfaite restitution des styles des textes est pratiquement impossible. Comment traduire des compositions d’une pléiade de mélodes d’époques ou de lieux différents en langue française de notre époque ? Quelques tournures typiques ainsi que la mélodie avec son rythme permettent de l’approcher.

D’autre part, des fréquentes inversions entre sujets, verbes, compléments, articles..., du texte original, des interpénétrations entre phrases et des coupures inopinées pour la respiration du chant sont permises dans l’exigence d’adaptation à la mélodie et tolérées grâce à la souplesse de la langue grecque. En français, nous essayons de les éviter dans la mesure du possible mais en conservant une liberté permise par le langage poétique. En règle générale nous faisons correspondre une idée avec une phrase musicale pour une meilleure compréhension du texte. Les traductions étant faites ou corrigées par des personnes bilingues d’origine grecque, tout en consultant les traductions existantes auxquelles nous sommes très reconnaissants pour le sérieux travail déjà effectué, le texte français a été corrigé par des francophones afin d’éviter des ‘hellénismes’ trop fréquents. Enfin, les textes ont été longuement soumis à l’épreuve du chant réalisé par des chantres bilingues et monolingues. Très rarement, nous avons adopté l’un ou l’autre terme tel qu’il est en grec. C’est le cas du terme ‘Θεοτοκος’ amplement utilisé. Nous ne pouvons le traduire par ‘Mère de Dieu’ qui est la traduction de ‘Μητερα του Θεου’ ou 'Θεομητωρ' d’autant plus que, outre la subtilité du sens, on trouve parfois ces termes ‘Θεοτοκος’ et ‘Μητερα του Θεου’ ou ‘Θεομητωρ’ juxtaposés. Comme tous les termes grecs adoptés par la langue française, celui-ci obéit aussi à la tournure que celle-ci leur impose ; il devient ‘Théotoque’.

Certains signes apparaissent en fin de ligne. Le signe – indique le retour à la note de base. Le signe / indique qu’on termine la phrase sur une note indéfinie plus haute que celle de base. Le signe indique qu’on termine la phrase sur note indéfinie plus basse que celle de base ; parfois on définit la note pour la facilité du chant. Dans le texte, sur une syllabe soulignée on reste généralement plus d’un temps en mode rapide. Il s’agit d’indications très élémentaires pour le chant et n’ont pas un caractère absolu. Une telle traduction–adaptation de tous les livres liturgiques de notre Eglise exigera de très nombreuses années de labeur. A la suite de ces ouvrages, suivra le volumes des « apolytikia » et « kontakia » des Saints de toute l’année. Nous ne prétendons pas que le travail accompli soit parfait, nous faisons pour un mieux. Aussi, toute remarque contribuant à améliorer cet oeuvre d’Eglise est la bienvenue.

Note : Les lectures du Nouveau Testament proviennent des traductions du père Denys Guillaume.

Les traducteurs

CSS Valide !